« 10 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 247-248], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6326, page consultée le 24 janvier 2026.
10 mars [1839], dimanche, midi ¼
Bonjour, vilain petit homme. Vous dites toujours que vous allez venir et tout se borne à des préparatifs ridicules. Vous mériteriez que je ne vous aime plus. En attendant, je vais vous faire de l’excellente tisanea et bien vous dorloterb. Je suis presque aussi bonne que vous êtes absurde, ce n’est pas peu dire. J’ai eu joliment froid cette nuit et j’ai encore bien froid au bout des doigts. Et penser que j’aurais pu avoir un CALORIFÈRE dans mon lit si vous aviez eu la moindre conscience et le plus petit grain d’amour. Je suis toujours très contente d’avoir sauvé mon pauvre petit argent des griffes du Villeneuve. Je trouverais très bête de tourner mes pouces tandis que M. Villeneuve et autres dansent et ballent en chianlit avec les Gotons du quartier. Mais si je veux m’acheter des belles robes, il faut que je me dépêche car ça fond chez moi, l’argent, comme du beurre à la poêle. Il n’y a que vous, vieux marbre, qui ne fondiez pas et qui ne vous échauffiez pas dans ma maison. Taisez-vous. Je vous aime et vous n’êtes qu’une bête. Je vous adore et vous ne venez pas, taisez-vous.
Juliette
a « tisanne ».
b « dorlotter ».
« 10 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 249-250], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6326, page consultée le 24 janvier 2026.
10 mars [1839], dimanche soir, 5 h. ½
À peine je vous ai vu, mon Toto, que vous avez disparu, vous êtes plus fugitif qu’un rayon de soleil de printemps : au moment où on croit se réjouir l’âme et se réchauffer le cœur à vos rayons vousa êtes hors de l’horizonb. Cependant je vous avais fait de la bien bonne tisanec. J’y avais mis tout mon savoir-faire et beaucoup de mon amour. Mais mon charme ou mon philtre, comme vous voudrez appeler cette boisson, n’a [pas] été assez fort pour vous retenir et je comprends maintenant pourquoi l’eau MERVEILLEUSE n’a pas pu convertir son public en poisson ni le retenir dans la salle plus ou moins DÉSERTE et nautique1 : décidément, toutes les eaux merveilleusesd y compris la mienne ne sont que de l’eau claire. Je vous aime mon Toto, vous êtes mon adoré. Voici le petit Pierceau qui me dit qu’il a eu l’honneur de vous rencontrer. Il est bien heureux et je l’envie. Vous devriez bien revenir, ne fût-cee que pour voir comment je vous aime. Bonjour, bonjour, vous êtes mon Toto bien-aimé dont je raffole et dont je déraisonne.
Juliette
1 À élucider
a « rayons que vous ».
b « horison ».
c « tisanne ».
d « merveilleuse ».
e « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
